Le jeu mortel de W. Burroughs
Jean-Pierre Palacio
Le 6 septembre 1951, à Mexico capitale, Joan Volmer meurt d’une balle dans la tête tirée par son mari, l’écrivain américain William S. Burroughs, petit-fils de l’inventeur de la machine à calculer. Bien qu’il changea cette version devant le juge en avançant la thèse de l’accident, il semblerait qu’après avoir vidé plusieurs bouteilles de gin, Burroughs aurait voulu imiter l’exploit légendaire de Guillaume Tell qui perça d’un carreau d’arbalète une pomme sur la tête de son propre fils. Après un court séjour en prison, l’écrivain est relaché grâce aux avocats mandatés par sa famille et au témoignage de Lewis Marker, son amant homosexuel, qui corrobora la thèse d’une manipulation accidentelle de l’arme.
L’homicide accentue la vie errante de l’auteur qui parcourt pendant deux ans l’Amérique du Sud avant de s’installer à 39 ans à Tanger, où il écrira Le Festin nu, son livre le plus célébre. Il y développe la technique du cut-up (insertion dans le texte de fragments aléatoires d’origine diverse :presse, publicité, etc.), présente dans toute son oeuvre, marquée par l’anticipation, l’homosexualité et les hallucinations dues à la drogue. Principal representant de la Beat Generation avec ses amis Allen Ginsberg et Jack Kerouac, Burroughs fut aussi un fervent admirateur de Ron Hubbard, fondateur de la Scientologie, considérée aujourd’hui une secte. La machine molle, Le Ticket qui explosa, Nova Express, Les Garçons sauvages: Un livre des morts, Les Cités de la nuit écarlate ou Mon éducation: Un livre des rêves sont les grands titres d’un écrivain hors-pair qui fut poursuivi sa vie durant par le souvenir de la disparition absurde et tragique de son épouse. Celui qui fut aussi un musicien expérimental s’éteignit au Kansas à 83 ans.



